«Jobs jobs jobs», est-ce de l’emploi précaire ?

A chaque publication des derniers chiffres sur l’emploi, on assiste à une bataille sur ces derniers entre les différents partis politiques, les syndicats et le monde patronal. Nous avons donc décidé de reprendre les tableaux de l’ONSS(1) (Office National de Sécurité Sociale)  et de les analyser.

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Entre le dernier trimestre de 2015 et le dernier trimestre de 2017, 97.490 équivalents temps plein (ETP) ont été créés dans le secteur privé en Belgique. 68% de l’emploi créé dans le privé est du temps plein contre 16% de temps partiel et 16% de travail intérimaires.

En ce qui concerne le secteur public et l’enseignement, la situation est particulière. Nous assistons à une diminution de 5.408 unités pour les temps pleins et une hausse de 13.754 ETP pour les temps partiels, ce qui nous donne un solde positif de 8.346 ETP. Cette situation s’explique en grande partie dans le « boom » des interruptions de carrière ordinaires dans le secteur public (principalement dans l’enseignement) consécutif à l’annonce des mesures visant la limitation du système suite à la 6ième réforme de l’Etat(2). Nous en déduisons donc qu’il n’y a pas de destruction d’emplois dans le secteur public et l’enseignement mais un glissement du temps plein en temps partiel dû à la limitation du système des interruptions de carrière.

Selon le PTB(3), la majorité du volume de l’emploi créé est de l’emploi précaire qu’ils définissent comme l’emploi à mi-temps et l’emploi saisonniers et intérimaires. Dans leur étude publiée le 11 octobre 2017 et selon leur définition de l’emploi précaire, ils mettent en avant qu’une grande majorité de l’emploi créé ces dernières années est de l’emploi précaire (Près de trois quarts du volume d’emploi salarié est de l’emploi précaire). Toutefois, en calculant les mêmes soldes que le service d’étude du PTB pour la période 2015-2017, nous arrivons à 42,9% d’« emploi précaire ».

Au vu des chiffres, de l’augmentation des interruptions carrières dans le secteur public et d’une définition plus réaliste de l’emploi précaire(4), il nous paraît donc peu probable que la majorité de l’emploi créé est précaire.

De plus, lorsque nous observons les motifs du travail à temps partiel, seule une minorité de personnes travaillent à temps partiel mais désirent travailler à temps plein (l’emploi souhaité n’est offert qu’à temps partiel et ne trouve pas d’emploi à temps plein).

Nous constatons que l’emploi intérimaire a fortement augmenté. En période de reprise économique, les chefs d’entreprises commencent par engager des intérimaires mais que ceux-ci se transforment en CDI à mesure que la reprise économique se confirme. L’histoire monte que l’emploi intérimaire, c’est souvent le préalable pour créer des emplois.

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(1) Tableaux 4e trimestre 2015, 4e trimestre 2016 et 4e trimestre 2017 de « l’évolution du volume de travail en équivalents temps plein (ETP) par type de prestation et durée du travail – Estimations rapides de l’emploi salariés ».
(2) Source :ONSS
(3) http://ptb.be
(4) Selon, le Bureau Internationale du Travail (BIT), il existe quatre critères pour déterminer la précarité de l’emploi : la stabilité et la sécurité d’emploi, les conditions de travail, la nature et la stabilité des revenus du travail et l’accès à la protection sociale.